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Jean BENOIST


Chers cocons,

La canicule, qui avait bon dos pour justifier toutes les paresses, est terminée depuis hier, et il convient de tenir, même avec retard, la promesse faite d’enthousiasme à Bastide dans les premiers jours de son action de persuasion et d’amicales pressions. D’ailleurs, une transmission instantanée par courriel ne permettrait-elle pas de rattraper une partie de ce maudit retard ? Pardonne-moi, cher caissier, si je t’amène à jongler toi-même avec les délais d’impression. Des CV, combien en avons-nous rédigés au cours de ces cinquante dernières années, en français, en anglais ! Un de plus, un de moins, qu’importe ; mais le mien devrait porter une mention finale du genre : « devenu paresseux avec l’âge » (ou lent, ou débordé par des riens, ou trop occupé par les siens : au choix) mais sûrement pas oublieux de la 53 et trop content de figurer encore vivant dans cette prestigieuse promotion.

Il y a un an, en effet, un cancer du rein gauche a amené la Faculté à me délester de cet organe, considéré par certains comme superflu puisque nous en avons deux. Comme si on pouvait nous amputer sans dommage de toutes les pièces que nous avons en double : yeux, oreilles, bras ou jambes, - par décence j’arrête ici la liste. Bref, je n’ai plus de roue de secours rénale, en quelque sorte, mais le moral est trop bon comme dirait l’un de mes dix petits-enfants et chaque nouvelle journée est un don du Seigneur.

Pour en venir aux choses sérieuses, avec mes excuses auprès des cocons que je vois de temps en temps et pour qui ce ne sera que répétition ou radotage, ma vie professionnelle a été organisée pour connaître successivement (ou simultanément en croisant les termes), le public et le privé, la recherche et la fabrication, la gestion de projet et la gestion financière, afin d’accéder in fine à un poste de Direction Générale.

Par tranches temporelles de 6 à 8 ans, et à une époque où les sauts d’une entreprise à une autre étaient quand même plus faciles qu’aujourd’hui, cela a donné, après un tour du monde sur la vieille Jeanne et deux années d’école du GM :

DCAN Toulon - Laboratoire de Détection Sous–Marine du Brusc, adjoint au Directeur du laboratoire et responsable de l’équipement sonar du SNLE Le Redoutable (Quelle griserie pour un jeune ingénieur débutant que de telles responsabilités !)

Dans la foulée, chef de section Détection Sous–Marine au STCAN (L’apprentissage du centralisme parisien).Un grand patron : l’Ingénieur Général Meunier.

SEMA - Directeur d’exploitation, Division Conseil en Management (L’explosion des contacts avec les entreprises privées, le développement de la force de persuasion ). Un autre grand patron : Jacques Lesourne.

CREUSOT – LOIRE – Directeur d’usine en province (1600 compagnons), responsable de la ligne de produits nucléaires, (les relations humaines, les négociations avec les représentants syndicaux), puis au siège, à la Direction du Contrôle de Gestion du Groupe, chargé du suivi des divisions de la branche mécanique et des deux principales filiales étrangères, Phoenix Steel (USA) et Mecanica Pesada (Brésil) (Anglais courant obligatoire, et l’enquêteur doit se faire admettre !) Un troisième - très - grand patron : Philippe Boulin.

Hélas, l’histoire de Creusot – Loire s’est arrêtée en 1985, faute d’un soutien qu’aujourd’hui un gouvernement, même libéral, accorde à ALSTOM empêtrée dans des problèmes étrangement semblables à ceux de CL à l’époque.

Dans les mois qui ont précédé la faillite du groupe, et comme porte - pèlerine de Didier Pineau – Valencienne, j’ai pu fréquenter les cabinets de trois ministres de l’Industrie successifs. (Cette expérience me manquait. Je ne me suis pas senti grandi de l’avoir vécue).

Comme des milliers d’autres, je me suis mis en recherche de situation. Et là, merveille, j’ai été embauché comme Directeur adjoint de l’Union Technique de l’Electricité (UTE, l’Afnor du secteur de l’électricité) avant même que Creusot – Loire cesse ses paiements.

UTE, l’univers de la normalisation et de la certification, des contacts avec les syndicats professionnels français, avec la Commission de Bruxelles, avec l’Europe entière, avec le monde entier… Quelques années plus tard, je prenais ma retraite comme Directeur Général de l’UTE, mais je ne pouvais pas quitter le réseau de véritables amis que j’avais parmi les responsables des organismes européens de certification de produits électriques.

Le réseau des organismes de certification (OC) européens était inorganisé, constituant plutôt une amicale qu’un réseau à vrai dire. En deux ans, j’ai transformé cette amicale en une association de droit français, dont le siège est à Paris et dont j’ai été le premier président : EEPCA (European Electrical Products Certification Association). Elle rassemble 25 OC ou laboratoires d’essai de 22 pays différents, et ce n’est pas une mince fierté de trouver déjà, parmi ses membres, à côté de tous les pays de l’Union Européenne, des pays comme la République Tchèque, la Hongrie, la Pologne ou la Slovénie avant qu’ils ne soient officiellement entrés dans l’UE.

Maintenant, je dételle (voir plus haut). Mon successeur est un britannique, et je me contente, pendant qu’il fait du lobbying à Bruxelles, de traiter pour lui les problèmes de gestion financière et de gestion du personnel permanent à Paris.

Vous savez tous combien les problèmes d’application des 35 heures et de calcul des cotisations URSSAF ou GARP sont passionnants. Mais si je m’en occupe, c’est parce que je le veux bien !*

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