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Washington le 12 Mai 2003

Témoignage de Pierre MADON a l'occasion du mi-centenaire de la promotion 53.

" Mes chers camarades,

J'ai eu la chance de faire toute ma carrière dans le spatial, soit 45 ans cette année, et de participer
à la conquête spatiale.

La France a développé son premier lanceur de satellites à partir de 1960, et ce programme a été
couronné de succès par la mise en orbite du premier sa
tellite français, Asterix, en Novembre 1965.
Ce lanceur a été opérationnel pendant dix ans et a lancé des satellites jusqu'en 1975.

En parallèle, la France et l'Europe ont développé leur programme de satellites et ont permis à
l'industrie française de bien se placer dans les quatre types de satellites - scientifiques, observation
de la terre, météorologiques et de télécommunications. En particulier j'ai participé, à l'Aérospatiale,
aux programmes suivants :

ISO pour l'observation du rayonnement infrarouge du soleil,

SPOT pour l'observation de la terre,

Météosat, satellite européen de meteorology,

Symphonie, TDF-TVSAT, Télé X, Arabsat et Eutelsat 2.

Les satellites d'observation, de météorologie et de télécommunications ont donné naissance à des
programmes commerciaux, mais la première activité spa
tiale commerciale est celle des télécommuni-
cations.

Dans ce domaine, Symphonie a joué un rôle majeur. Ce programme, réalisé en coopération avec
l'Allemagne et une petite participation de la Belgique, a permis le développement de technologies
d'avant-garde, en particulier la propulsion à liquides (peroxyde d'azote et
hydrazine), et la stabilisa-
tion "3 axes", qui sont utilisées aujourd'hui sur tous les sa
tellites de télécommunications. Les deux
satellites du programme Symphonie devaient être lancés par le lanceur européen
Europa 2 mais, à la
suite de nombreux échecs, ce programme a été arrêté e
t les deux satellites Symphonie ont été lan-
cés en décembre 1974 et août 1975 par le lanceur américain
Thor-Delta. Le gouvernement américain
accepta de faire ces lancements, mais imposa comme condition la non utilisation commerciale de
Symphonie. L'Europe a pris alors conscience que. pour avoir accès à l'activité spa
tiale commerciale, il
lu
i fallait développer son lanceur. Ce fut la naissance du brillant programme Ariane, dont le premier
lancement a été effectué en décembre 1979 et qu
i a permis la création d'Arianespace qui vient
d'effec
tuer son 147ème lancement.

Après trente années au service de l'Aérospatiale, j'ai décidé, en 1986. de passer de l'activité indus-
trielle spatiale à celle d'opérateur, et je suis devenu vice-président de l'ingénierie et des opérations
à l'Intelsat à Washington. Intelsat, première société commerciale de télécommunications par satel-
lites, a été le pionnier de cette activité entre 1965, date du lancement d'EarlyBird, jusqu'au milieu
de la décennie des années 90.

De 1986 a 1996. j'ai lancé, pour la société Intelsat, 16 satellites (2 Intelsat 5, 5 Intelsat 6.1 Intel-
sat
K, 8 Intelsat 7). Avant mon départ à la retraite d'intelsat j'avais obtenu la commande de 6 Intel-
sat 8 et défini le cahier des charges des Intelsat 9.

Un satellite Intelsat 6 a fait l'objet d'une mission extraordinaire de récupération en orbite par la
navette spatiale américaine Endeavour. Le lanceur Titan n'ayant pas réussi la séparation entre le
dernier étage du lanceur et l'ensemble satelli
te et son moteur de périgée, Intelsat décida de séparer
le satellite de son moteur de périgée. Bien sûr, pour placer le sa
tellite sur son orbite géos+ation-
naire,
il fallait remplacer le moteur de périgée. Ce remplacement a été effectué en orbite par lo
navette Endeavour qui transportait dans sa soute le moteur de périgée. L'astronaute Pierre
Thuot
devait agripper le satellite à son passage au-dessus de la navette avec une barre conçue par lo
NASA. Une erreur de conception de ce
tte barre fit échouer l'accrochage au satellite à deux re-
prises. En accord avec la NASA, nous avons alors décidé de met
tre trois astronautes dans la soute
de la navette pour saisir manuellemen
t le satellite et l'attacher au moteur de périgée. Le satellite e-t
son moteur de périgée furent séparés de la navette, et, après fonctionement du moteur de périgée
puis du moteur d'apogée le satellite fut placé en mai 1992 au-dessus de l'océan Atlantique. Il est en-
core en service en 2003 et il a rapporté en 2002 environ 85 millions de dollars à
Intelsat.

Aujourd'hui il y a en orbite environ 200 satellites géostationnaires de télécommunications en service.
Les revenus générés par ces sa
tellites sont de l'ordre de huit milliards de dollars par an. Durant les
décennies 80 et 90, en moyenne environ ving
t satellites de télécommunications ont été lancés chaque
année, mais depuis 2 ans le marché s'est ralenti. Les causes son
t diverses :

• la crise générale dans les télécommunications s'est fait sentir dans le domaine des satellites,

• la durée de vie opérationnelle des satellites est passée de 10 a 15 ans, diminuant ainsi les lance-
ments de renouvellement

• les faillites de deux grands programmes. Iridium et Globalstar, ont coûte dix milliards de dollars
aux investisseurs et ont rendu ces derniers très méfiants vis a vis des nouveaux projets.

La situation devrait s'améliorer dans un ou deux ans. En plus des satellites pour la téléphonie, la té-
lévision ou les transmissions de données, les transmissions pour
l'internet avec l'utilisation de
fréquences sp
écifiques dans la bande des 20 -30 GHz, et les transmissions radio dans les bandes de
fréquences de 1,5 - 2,5
GHz pourraient redonner un essor a cette activité.

Si le nombre de lancements revenait au niveau de vingt par an, cela représenterait un marché d'au
moins sept milliards de dollars par an (2,4 milliards de dollars pour les lanceurs, 3,6 milliards de
dollars pour les satellites et 1 milliard de dollars pour les assurances). L'assurance au lancement cou-
vre les risques encourus pendant une année en orbi
te. Au-delà de la première année, le montant an-
nuel des primes d'assurance en orbite s'élève à environ 0,8 milliards de dollars.

De 1996 à 1998 j'ai travaillé chez Worldspace comme responsable du développement d'un système de
satellites radio, et depuis 1999, je
travaille comme consultant pour un courtier d'assurances spa-
tiales,
ISB (International Space Broker).




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